« Je suis désolée…
Ne cherche pas à me retrouver. »
Ces quelques mots griffonnés sur un post-it collé sur le frigo.
J’ai tout d’abord pensé à une blague. Il était en effet déjà arrivé à Gwen de se lever plus tôt que moi le matin, et de rentrer avec des pains au chocolat, des croissants, ou aux friandises.
Mais cette fois-ci, en posant mon pied à terre, la sensation était différente. Elle n’était plus dans le lit, et j’avais le sentiment étrange que quelque chose avait changé. Me dirigeant comme à mon habitude vers le frigo pour mon verre de jus d’orange matinal, c’est là que je l’ai vu. Ce petit morceau de papier, posé là comme par erreur. Mes lunettes étant restées posées sur la table de nuit, j’ai également d’abord pensé à un mot d’amour. Mais quand mes yeux se sont posés pour lire, mon corps s’est figé. L’éclat du verre sur le sol a réveillé Juliette, qui a accouru dans la cuisine batte de base-ball à la main, pensant qu’il s’agissait de cambrioleurs. Cette scène se serait déroulée dans un autre contexte, j’aurais ris à n’en plus finir toute la journée.
Au contraire de ça, je suis restée figée devant le frigo pendant 30 minutes. J’ai lu et j’ai relu ces mots pensant qu’il s’agissait d’un vilain cauchemar et que j’allais me réveiller d’un instant à l’autre dans ces bras qui me serreraient fort.
Mais je ne me suis pas réveillée, j’ai continué à fixer le post-it.
Les larmes ont commencé à couler le long de mes joues, sans qu’aucuns sons ou mouvements ne proviennent de mon corps qui était devenu totalement stoïque.
Gwen, Gwen, ma Gwen… Des idées saugrenues me passèrent soudainement par la tête. Peut-être avait-elle était kidnappée et ses ravisseurs l’avaient forcé à écrire ces mots. Peut-être ses parents l’avaient-ils forcé à entrer chez les nonnes, ils auraient eux-mêmes laissé ce mot pour me faire croire à une rupture.
Peut-être une forme de vie extraterrestre était venue la chercher car elle était l’Élue.
Non, non, cela ne pouvait être cela.
Mais alors, pourquoi serait-elle partie comme ça, sans explications, sans aucuns mots, sans rien ? Alors que tout semblait aller entre nous, que nous avions survécu à du coma et des blessures graves après notre accident.
Les questions se bousculaient dans mon esprit confus. C’était comme si le temps s’était arrêté, comme si plus rien n’avait de sens.
Juliette ayant rapidement compris qu’il ne s’agissait pas de cambrioleurs, elle s’approchât de moi et lut le post-it. Son premier réflexe fut de me serrer dans ses bras, alors que mon état s’approchait fort de celui d’un arbre. Je n’avais pas bougé d’un centimètre depuis déjà une bonne heure. Je respirais à peine, seuls mes yeux clignaient encore. Et les larmes coulaient, coulaient, sans que je ne puisse rien contrôler.
Après quelques heures passées ainsi, je me décida enfin à bouger. Ma première idée fut d’essayer de l’appeler sur son portable et chez elle. Son numéro de portable et son numéro de fixe n’étaient plus attribués. Mon ventre se transforma en champ de bataille, j’avais l’impression que quelqu’un s’amusait avec comme avec un punching-ball. Plus rien. C’était comme si Gwen n’avait jamais existé. Est-ce que j’avais rêvé pendant tout ce temps ? Non. Non ? Mon cerveau commençait déjà à douter à cause de tout cela. Après avoir fait un rapide tour de la grotte, je me rendis compte qu’il n’y avait plus aucunes de ses affaires, il restait seulement l’unique photo de nous deux, trônant sur la table de nuit comme dernier souvenir de ces 2 derniers mois.
Gwen avait disparu. Gwen était partie. Évanouie dans la nuit. Comme si tout ceci n’avait été qu’un stupide rêve d’ado, alors que mon corps portait la cicatrice prouvant pourtant que tout avait bien été réel, si réel.
J’ai également eu une étonnante surprise il y a 2 jours.
La sonnette sonne, il est 18h. Oui évidemment dit comme ça cela semble normal.
Sauf que je dormais encore, j’ai donc enfilé rapidement un semblant d’habits, c'est-à-dire un caleçon et une brassière. Je regarde à travers l’œil de bœuf, et je vois une fille aux cheveux courts, très courts. Je me dis alors que c’est encore une des ces lesbiennes qui vient nous marchander pour un club d’échangisme ou quelque chose du genre, il faut dire que Gwen et moi sortons très (trop ?) souvent dans le milieu, et que les gens ont un peu tendance à nous coller… Donc, énervée de m’être levée pour rien, je retourne m’affaler dans mon lit. Et là, évidemment, le fixe sonne.
« Romane ouvre s’il te plait, c’est Juliette à la porte !!!!! »
« Quoi c’est toi le truc sans cheveux ?! »
« Euh oui… Bon dis tu viens m’ouvrir ? »
Suis-je en train de dormir et tout ceci ne serait alors que le fruit de mon imagination débordante ?
Juliette, la petite fille sage, timide et qui ne parle pas est-elle réellement devant ma porte, ses longs cheveux d’au moins 40 kilomètres (non je n’exagère qu’à peine) disparus pour quelques millimètres ?
La réponse est affirmative je crois…
« Tu n’aimes pas ? » me dit-elle d’un air déçue
(Évidemment que j’aime, c’est juste que oui, ça change… En bien !)
« Enfin bon, tu ne vas plus pouvoir sortir comme ça, toute la rue va te tomber dessus »
« Oh ben c’est pas grave ça ! »
« Tu vas me faire de la concurrence… »
« Mais noooon, tu prendras mes exes, c’est pas grave, tu l’as fait une fois, ça ne va pas te déranger de recommencer… »
Et là le blanc s’installe… Les larmes commencent à me monter aux yeux…
« Je suis désolée tu le sais… Je ne pouvais pas savoir… »
S’en suivent quelques explications que je préfère oublier car depuis l’accident ce sujet reste pour moi quand même difficile à aborder…
Pour changer de sujet, une illumination me rappelle que j’ai une magnifique teinture bleue qui traîne dans mon placard et qui achèvera ce changement digne d’armagedon.
C’est ainsi que Juliette s’est retrouvée le plus naturellement du monde en soutif, alors que je lui malaxais le cuir chevelu de bleu électrique.
Nous avons passées les soirées qui ont suivi, Gwen, Juliette et moi à jouer aux parfaites teenagers, version lesbienne.
Soirées pyjamas en pyjama façon… nous. À regarder The L Word, ou d’autres films lesbiens, autour de bouteilles de vodka, notre meilleure amie !
11 novembre 2006
Une longue semaine depuis la dernière fois…
Gwen et moi sommes toujours à l’hôpital, nous sortons le 14. Je suis partagée entre la lassitude d’être ici, qui est cependant un lieu sûr, et l’envie de rentrer chez moi tout en ayant peur de retourner à l’endroit où tout a failli s’arrêter… Tout ceci est encore une fois bien compliqué, trop compliqué pour moi qui d’habitude ne m’encombre pas des choses compliquées. Ou tout du moins j’essaye.
Les infirmières nous ont dit que Juliette était partie de l’hôpital avant-hier. Nous n’avons pas eu de nouvelles d’elle depuis notre entrée. Je me demande toujours pourquoi elle n’était pas avec nous dans la chambre, pourquoi nous n’avons pas pu la voir, et surtout comment elle va. J’espère qu’elle sera à l’appartement quand nous rentrerons.
Les sorties dans les bars du marais et les boîtes me manquent. Enfin il faut relativiser, grâce à ce merveilleux accident mon 1er semestre à la fac est foiré, je ne reprendrais donc les cours que mi voir fin février. Ce qui me laisse donc largement le temps de rattraper ce retard regrettable. Enfin… Je ne sais pas trop si Gwen sera totalement d’accord avec ça. On verra bien !
Je me surprends à penser à ça alors que d’habitude, l’idée ne m’effleurerait même pas l’esprit. Il est vrai que l’histoire avec Gwen n’a commencé qu’il y a peu, et surtout d’une très drôle de façon. Peut-être que c’est pour cette raison que j’ai l’envie, que je n’avais pas eue depuis longtemps, de rester avec une fille, et de me poser tranquillement.
Cependant, au fond de mon cœur, je sens encore l’envie opposée d’au contraire profiter de la vie, car cet accident m’a permis de me rendre compte que la vie est courte et qu’elle peut s’arrêter à tout instant.
Connerie de phrase à deux balles certes, mais tellement vraie…
14 novembre 2006
Se faire réveiller par les infirmières le matin pour prendre notre température, c’est nul. Manger à heure fixe un plateau repas dégueulasse, c’est nul.
N’avoir comme chaîne que TF1, c’est nul (oui bon excepté quand ils diffusent Les Experts…).
Se faire réveiller toutes les heures de la nuit par ces foutus appareils qui font bipbip en permanence, c’est nul.
Sentir son sang dégouliner sur le bras parce que l’infirmière ne va pas assez vite pour mettre le petit tube pour faire la prise de sang (3 fois par semaine…), c’est nul.
Ne pas pouvoir prendre sa copine dans ses bras parce que ya trop de fils qui pendouillent partout, c’est nul.
Se déplacer avec un truc à roulettes, à la limite ça pourrait être drôle, mais quand le truc en question ne roule pas droit et se casse la gueule, c’est nul.
Bref, l’hôpital finalement, c’est un peu nul quand même.
On est tellement mieux, dans un bar, à boire de l’alcool avec ses amies pour fêter le retour à la maison, et avec sa copine !
On est tellement mieux, à danser sans se préoccuper de tel ou tel fil qui va se coincer je n’sais où et biper encore plus fort.
On est tellement mieux à manger une pomme [ private joke désolée :x ].
On est tellement mieux, à se sentir vivre, et à s’amuser…
On est tellement mieux, coller tout contre sa copine, à la câliner sans cesse, et à l’embrasser…
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