18 septembre 2006
Après cette dernière sortie du soir, le réveil fut difficile quand je m’aperçus que la veille je m’étais fais à moi-même la promesse stupide de ne plus sortir pendant un certain temps, afin de calmer toutes ses rencontres qui ne servent à rien, mais aussi peut-être pour me réhabituer à un train de vie plus normal, notamment parce que la rentrée se rapproche de plus en plus, mais aussi parce que j’avais eu en plus de ça l’idée (saugrenue ?) de parler (ou du moins communiquer pour commencer) davantage avec Juliette, et que pour se faire il fallait donc que je sois plus présente à l’appart’.
C’est pourquoi en ce beau lundi matin, pluie mis à part, j’ai décidé de ranger cette chose que l’on pourrait dénommée bombe nucléaire et qui n’est pourtant que l’endroit où nous vivons, et de faire un petit repas pour Juliette qui rentre ce midi, enfin si je ne me trompe pas. Après une bonne douche toujours autant efficace après une nuit où le sommeil ne fut pas vraiment au rendez-vous, j’entame la mission commando que je me suis fixé. Déblayer les tonnes d’habits qui traînent un peu partout, passer l’aspirateur, la serpillière, ranger les bouquins et cédés qui ne sont plus vraiment à leur place (cherchez l’euphémisme…), et surtout ne pas oublier de faire tout ceci avec la musique toujours aussi forte pour en faire profiter nos chers voisins. Accessoirement regarder l’horloge toutes les 10mins en me disant que merde il ne reste plus que 2heures avant que Juliette rentre et que le repas n’est toujours pas prêt… Finalement, après 4heures de rangement et 20mins de cuisine, l’appart’ est comme neuf, et on sent une bonne odeur de nourriture qui ne demande qu’à être mangé.
Quand Juliette est rentrée, je crois qu’elle a failli faire une crise cardiaque car en plus de lui ouvrir moi-même la porte, je lui ai adressé un « bonjour » ainsi qu’un « met toi à table ça va refroidir ! ». Si on s’en tient à ses yeux de merlan frit avec lesquels elle me regarda à ce moment là, je pense que ma surprise était réussie. Et quand je lui demanda si sa rentrée c’était bien passée, elle manqua de s’étouffer avec une spaghetti avant de me répondre que oui même si elle avait encore du mal à s’habituer à tout ce monde. Pour la première fois donc, Juliette et moi avons un échangé une vraie conversation, et non pas seulement des bouts de mots ou des monosyllabes, quel exploit, quel progrès !
24 septembre 2006
Après une semaine passée à l’appart’, Juliette et moi entretenons maintenant des discussions plus ou moins soutenues, même si cela reste pour le moment assez basique puisque nous n’évoquons pas spécialement nos vies respectives, à part peut-être la fac.
Comme elle va à la fac le matin, j’en profite pour dormir et quelques fois je prépare à manger, et l’après-midi je sors. Eh oui j’avais seulement dis plus de sorties de nuit, je ne peux quand même pas rester enfermée à l’appart’ ! Le cinéma est devenu mon meilleur ami depuis que mes amies justement ont toutes repris le travail et ne peuvent donc pas sortir dans la journée, et encore moins le soir. Et dire que bientôt cela sera sûrement mon cas… Mais je préfère ne pas penser à cela.
Après une semaine sans sorties, le manque commence tout de même à se faire sentir… Une longue réflexion plus tard, je me dis qu’après tout, une semaine c’est déjà bien. Et puis quand les cours auront commencé, je ne pourrais plus trop sortir, je n’ai pas spécialement envie de passer ma vie à la fac, alors autant être sérieuse et s’en tiré rapidement. Bon et puis il y a aussi ce texto de Claire, que j’ai reçu aujourd’hui… Qui me dit qu’elle est de passage sur Paris et qu’elle aimerait bien me voir… Comment refuser ou résister ? Alors que depuis des années nous nous cherchons, nous nous voyons, nous sortons ensembles dès que nous pouvons nous voir, même si chacune de nous deux sait très bien que cette relation n’est pas possible, distance et beaucoup d’autres choses obligent… Alors quoi, autant en profiter, on n’a qu’une vie n’est-ce pas ? Je préviens donc Juliette - en lui laissant un post-it à côté du repas que j’ai préparé afin qu’elle ne m’en veuille pas trop – que je ne serais pas là ce soir et que je ne rentrerais que demain matin très probablement…
Et après une semaine passée en ermite, la liberté, la vie qui revient…
©Kanabutch
18 septembre 2006
Aujourd’hui, quand je suis rentrée de la fac, j’ai eu une très très belle surprise, Romane avait rangé tout l’appartement, elle avait même préparé le repas, et elle m’a accueillis comme une princesse. J’ai cru que je m’étais trompée d’étage et que ma voisine du dessous attendait un invité et a cru que c’était moi. Je n’ai même pas eu le temps d’ouvrir la porte, elle m’avait attendu derrière et quand elle a entendu mes pas, elle l’a ouverte avec un grand « Bonjour », puis m’a ordonné d’aller me mettre à table car le repas allait refroidir. Ses spaghetti étaient délicieuses, même celle avec laquelle j’ai failli m’étouffer quand Romane m’a demandé comment s’est passé mon premier jour de cours, je ne savais pas qu’elle était au courant de ma date de rentrée, j’ai répondu timidement, et puis la conversation s’est enchaînée jusqu’à 23h, heure à laquelle je suis allée me coucher afin d’être fraîche et dispo pour mon deuxième jour de cours.
C’est très agréable de pouvoir parler avec Romane, elle a des avis sur tout, mais elle respecte aussi celui de son interlocuteur, elle sait écouter. J’espère que c’est la première conversation d’une longue série
24septembre 2006
Ma première semaine de cours est terminée, j’ai passé une semaine seule encore une fois, je suis anonyme au milieu de tous, tout le monde passe à coté de moi sans me voir, c’est normal, je n’ai pas plus d’intérêt qu’un mur. Je vais bientôt oublier comment on fait pour parler tellement j’utilise peu mes cordes vocales…
En amphi je suis seule, en TD aussi… et tous les autres ont l’air d’avoir déjà leur groupes d’amis, c’est pas normal !!! Ils viennent de toute l’île de France voir de toute la France et pourtant ils se connaissent déjà, et ils sont déjà intégrés, c’est pas juste !
Avec Romane, ça va de mieux en mieux,chaque jour quand je rentre de mes cours, un repas chaud m’attend, c’est très agréable, malgré le fait que ça me rende nostalgique du temps où je vivais chez mes parents et que je n’avais qu’à mettre les pieds sous la table. Et puis , cette semaine elle était à la grotte le soir et la nuit, ses amis ont probablement repris la fac ou le travail et donc ils ne restent plus en teufs toute la nuit. Ça m’a rassuré de savoir que je ne suis pas seule à l’appart, j’ai encore un peu peur la nuit, surtout quand j’entends la porte ou le parquet du voisin grincer, heureusement, nous ne vivons pas au rez-de-chaussée et ça limite les risques d’intrusion par les fenêtres. Enfin, il y a toujours le balcon mais peu de monde s’amusera à grimper de balcon en balcon jusqu’au cinquième étage pour voler dans l’appartements de deux pauvres étudiantes qui viennent juste d’emménager et donc n’ont pas vraiment d’objets précieux mis à part une télé, un ordi et une chaîne hifi chacune.
Ah oui, j’ai oublié de t’expliquer ce qu’est la grotte, en fait, c’est le nouveau nom que j’ai trouvé à mon home sweet home, je suis un petit ours et des que je peux, je me réfugie dans ma tanière sécrète et après je ne vois plus personne, comme un ours va dans sa grotte pour se protéger des attaques extérieurs ou va dedans pour hiberner. Enfin bon, j’espère que mon hibernation ne durera pas une éternité j’aimerai bien sortir un jour et me sentir en sécurité dans la rue… c’est pas gagner. Et puis, Romane c’est ma maman ours, mais elle considère que je suis grande et donc que je n’ai plus besoin d’elle, sauf pour manger car je n’ai pas encore appris à chasser par moi-même alors elle doit encore me ramener de quoi me nourrir. C’est triste d’être rejeter par sa mère comme ça, mais ça fait partie de l’apprentissage de la vie, il parait que ça permet de mûrir, tu crois que ça veut dire que pour l’instant je suis toute verte et quand j’aurai fini d’habiter avec Romane, je serai devenue une belle fruite toute rouge? Et puis je serai toute sucrée, brillante et tout le monde voudra me croquer car je serai le fruit le plus mimi qu’il existe?
….
Je crois que je devrais arrêter de rêver, Romane ne va rien faire pour me faire grandir, car ce n’est pas son rôle, elle est ma collocatrice, pas ma baby-sitter et je dois apprendre à ne pas attendre que les autres m’aident, car ils ne le feront pas… c’est dommage mais c’est comme ça.
©Caly
Hier soir, elle est encore sortie, et elle n’est toujours pas rentrée, il est pourtant 13h, et moi je suis réveillée depuis plusieurs heures, je ne suis pas allée prier puisque je suis devenue athée le jour même où j’ai entendu le Pape parler de l’homosexualité, je ne peux pas accepter de croire en quelqu’un qui laisse dire ça par la personne qui est censé le représenter sur Terre. Et puis, aller à l’église me rappelle trop l’horrible été que je viens de passer, aller à la messe le dimanche matin était ma seule sortie autorisée. Mes parents, surtout ma mère, pensaient que les prières allaient me faire changer… la seule chose qui a changé en moi, c’est ma maturité , j’ai du accepter de devenir adulte d’un coup puisque je devais pouvoir me débrouiller par moi-même. J’ai fais toutes les recherches d’aides, de logement, de fac qui m’accepte et les démarches officielles seule , sans l’aide de personne, pas même celle d’Agathe qui était pourtant ma meilleure amie jusqu’à ce qu’elle sache que je n’avais pas que des sentiments amicaux pour elle. Enfin c’est-ce que je pense puisque du jour au lendemain je n’ai plus eu de nouvelles et bizarrement c’était juste après que ma mère fouille dans ma chambre, trouve des poèmes pour Agathe et les donne à la sienne.
C’est dommage de gâcher 10ans d’amitié comme ça, mais c’est la vie et puis ça m’a permis de ne pas regretter de partir de Langres, je n’avais plus personne qui me retenait. Sauf que là-bas, j’avais personne ,mais ici non plus, je suis même plus seule puisque je n’ai même pas mon chat, un jour j’irai le chercher, je me le promets , je l’aurai bien pris avec moi des le départ mais je ne savais pas où j’allais vivre et peu , voir aucun, hôtels acceptent les animaux de compagnie.
J’espère que mon père n’aura pas la mauvaise idée de se venger de mon départ imprévu en ne donnant plus à manger à ma kitinette ou en la laissant partir loin de la maison alors qu’elle a toujours été enfermée…
Oh miracle, j’entends la porte qui s’ouvre, Romane est rentrée, mais je n’irai pas lui dire bonjour, je ne veux pas la déranger et puis elle va probablement se coucher et dormir jusqu’à demain… vive la vie en colocation, on m’avait pourtant dit que c’était super de vivre avec quelqu’un, on partage plein de fous rires, de blablateries, de secrets et quand on est triste, on a toujours quelqu’un a qui parlé…. Je pense que les paroles qui ont dit ça, n’ont jamais vécut avec Romane qui est aussi chaleureuse qu’une porte de prison, certes elle a des fous rires, mais ce n’est pas avec moi, juste avec son téléphone qu’elle ne quitte jamais, oui elle parle mais pas avec moi, encore et toujours avec son téléphone, ses secrets elle les raconte pas à moi et ses petits tracas de la vie quotidienne non plus, en fait, si je n’étais pas là, ça serait vraiment pareil pour elle, on ne se croise même pas, elle vit la nuit, moi le jour , la semaine je serai en cours, et elle euh ben je sais même pas , mais si on considère que son emploi du temps restera le même : la semaine elle sera là mais pas moi, et le week-end, je serai là mais pas elle.
Ah oui ça c’est sur, la vie en coloc c’est fantastique, merveilleux, et ça permet d’ouvrir l’esprit en partageant la vision de la vie qu’une personne différente… c’est le rêve de tout à chacun …
©Caly
Je m’ennuie. Les jours passent encore et toujours de la même façon. Je me réveille le corps engourdi par les conquêtes que j’enchaîne pour oublier qu’en réalité, ma vie est terne et sans vie justement. Je suis une salope. La pire des salopes, celle qui a un cœur meurtri et qui n’attend que celle qui refermera toutes ses blessures, mais comme celle-ci se fait désirer, j’utilise comme pansement des filles d’un soir plus ou moins désespérées selon les saisons.
Comme un nombre incalculable de matins, je me suis donc réveillée dans les bras d’une fille dont j’ignorais tout du nom et même de l’âge… Incapable de me rappeler comment s’est passé la soirée, à part peut-être que les verres d’alcool ont défilé à une vitesse assez impressionnante. Pourtant d’habitude je bois peu, ou disons jamais à m’en rendre malade à ne plus me rappeler de mes faits et gestes. Malheureusement la fille en question elle, buvait beaucoup et surtout, surtout, ne voulait pas boire seule. On sait comment ça commence, on ne sait jamais quand ça finit… En l’occurrence, c’est dans son lit que nous avons fini, je ne sais par quel miracle, mais nous y sommes arrivées.
Après avoir laissé un post-it « merci pour cette nuit, à un de ces jours… », je rentre à l’appart’ aux alentours de 13h. Juliette ne me dit pas bonjour, comme souvent. Peut-être ne m’a-t-elle pas entendu… Les conversations avec elle sont toujours au même point depuis qu’elle est arrivée. Elle semble tellement fermée que je n’ose pas engager de conversation avec elle. Et puis de quoi parler ? Elle ne sort pas, je ne sais quasiment pas ce qu’elle fait puisqu’elle reste majoritairement enfermée dans sa chambre, tout du moins quand je suis à l’appart’ en même temps qu’elle… Parler de sa vie alors ? Oui, mais si elle me demande à mon tour de lui raconter la mienne ? Comment faire pour lui expliquer que non, je n’ai pas de petit copain, non, ce n’est pas lui que je vais voir tous les jours, et puis non, je n’aime pas les hommes mais seulement les femmes. Que les boîtes où je sors sont exclusivement des boîtes lesbiennes, que la majorité des livres que je lis traitent d’histoires entre filles, que si j’arrête mes films quand elle arrive, c’est parce que ce sont des films avec des histoires homosexuelles. Que non ce n’était pas ma cousine la dernière fois, mais encore une rencontre d’un soir, car en plus d’être lesbienne, comble du désespoir, je ne me contente pas d’avoir une copine stable, mais j’enchaîne les aventures en attendant de LA trouver, la fille parfaite à qui je rêve depuis des années… Et là c’est le drame, sa vie bascule et personne ne s’en rend compte… Oula non je m’égare. Mais cela pourrait être un drame, Juliette s’avère être une terrible psychopathe qui a horreur des homosexuels, et décide de me tuer de sang froid. Oui peut-être que j’exagère légèrement, mais n’ayant jamais eu aucunes discutions avec elle, je préfère m’attendre au pire. Ou plutôt, je préfère continuer à rester dans ce silence que nous entretenons si bien. Même s’il est en parti responsable de mon besoin accru de sortir afin de voir des gens qui parlent, et avec qui j’ai des conversations, si limitées et intéressantes soient-elles…
Une bonne douche et une assiette de pâtes plus tard, je décide d’aller au ciné pour me changer les idées, et décide solennellement de sortir une nouvelle fois ce soir, mais que cette sortie sera la dernière et que la semaine suivante sera une semaine sans sorties de nuit, afin d’essayer de nouer un contact avec Juliette, et aussi parce que la plupart de mes amis vont reprendre le travail, ou encore aller en cours… Contrairement à moi qui ne reprend que mi-octobre (et on dit merci aux universités qui font n’importe quoi avec leur date de rentrée…). Alors à défaut de sortir, cette quarantaine en quelque sorte va me servir à bricoler des broutilles qui traînent dans l’appart’ depuis plusieurs semaines mais que mes sorties nocturnes m’empêchaient de finir. Et oui, quand on est butch, c’est pour la vie. Peut-être aussi Juliette en aura profité pour s’acheter une langue et nous pourrons alors avoir de longues discussions au coin du feu… Oui encore faudrait-il avoir une cheminée… Une discussion ne serait-ce que de 10mins me satisferait je pense déjà énormément.
En attendant ceci, je propose à Juliette de m’accompagner au cinéma, chose qu’elle refuse une fois de plus, je ne tente donc pas de l’inviter à sortir ce soir, la réponse sera la même sûrement en plus négatif…
Premier jour de « cours » , je me sens perdue,alors j’ai décidé de t’écrire, je sais que tu ne me jugeras pas, et que tu n’iras pas raconter mes secrets à n’importe qui, tu m’écouteras sans te plaindre, tu me feras réfléchir sur ce que je pense et ressens, et peut-être que tu m’aideras à voir plus clair dans ma vie puisque je te confierai mes pensées les plus profondes pour me décharger d’un poids que je n’ai pas toujours la force de supporter sans broncher. Tu partageras ma vie, tu seras mon double, tu connaitras tout de mes joies, mais aussi de mes peines, de mes fous rires, tu me verras évoluer dans ma nouvelle vie, même si :
Je ne sais pas ce que je fais ici, tu sais pas toi pourquoi j’ai décidé de fuir à 200km de chez moi en abandonnant tout et tout le monde? Bon d’accord moi aussi je le sais, mais je n’avais pas le choix, je ne pouvais plus vivre dans cette atmosphère étouffante, j’y arrivais plus, je voulais vivre au grand jour et dans mon village ce n’était pas possible. J’ai du partir, pour ne plus revenir… et maintenant je me retrouve seule dans cette appartement vide, appartement trouvé en quelques jours, j’ai pas vraiment eu le choix, en plus, je dois le partager avec une folle, elle rentre à 4H du mat, claque les portes, prends une douche alors que ma chambre est collée à la salle de bain donc ça me réveille et bien sur quand moi je me lève et vis une vie normale, à des horaires normaux, je me fais engueuler parce que mademoiselle veut dormir !!! Grrrr , j’étais presque mieux chez mes parents , euh non, en fait, c’est pas possible, ma vie à la maison était vraiment devenue infernale, j’avais plus le droit de sortir ni d’inviter des personnes, mon téléphone et mon ordinateur étaient confisqués afin que je revienne dans le droit chemin et que personne puisse m’influencer vers le coté obscur de moi-même, c’est-à-dire, le fait que je sois homo.
Eh oui, j’ai eu la naïveté de croire que mes parents m’aimaient assez pour comprendre et accepter que je ne sois pas la gentille petite fille modèle dont-ils ont rêvé, je ne me marierai pas en blanc dans une église avec toute la famille et les amis réunis autour de moi et mon bien aimé pour célébrer le plus beau jour de notre vie, je ne verserai pas de larmes de joie lorsque le curé dira « je vous déclare mari et femme » , je préfèrerai qu’il dise « je vous déclare « femme et femme » ou encore « butch et femme » selon le style de la future femme de ma vie. Bref pour en revenir à mon coming-out, je leur ai dis gentiment « papa, maman, j’ai une grande nouvelle à vous annoncer, j’ai eu mon bac… euh en fait, j’ai plutôt deux nouvelles à vous annoncer, la deuxième est que je suis lesbienne » , la fierté que j’ai vu dans leurs yeux pour la première annonce a rapidement fait place à de la colère, mon père s’est levé et avec toute sa gentillesse naturelle m’a mis deux claques et m’a envoyé dans ma chambre, comme une gamine de cinq ans qui a fait une bêtise… j’ai moyennement apprécié comme tu peux l’imaginer , à ce moment là j’ai décidé que je devais couper les ponts avec mes géniteurs, deux mois après c’est chose faite, mais on ne peut pas dire que ça me rende heureuse, je ne me suis jamais sentie aussi seule qu’en ce moment, je ne connais encore personne dans cette ville, la fac est gigantesque, tout le monde passe à coté sans me voir, c’est déstabilisant. J’ai toujours été habituée à vivre dans mon cocon, dans mon village j’étais connue de tous, ça avait des avantages mais aussi des inconvénients … ce soir je peux dire que je regrette d’avoir annoncer à mes parents que je suis lesbienne, parfois vivre cacher, c’est mieux que se sentir nulle, inutile et transparente.
Alors que la vie avance, moi je stagne.
©Caly
Le 1er septembre, c’est encore une fois bien à l’heure qu’elle est arrivée, avec ses 3 gros sacs, que j’ai monté en tant que gentille butch qui se respecte. J’avais fais l’effort de ranger l’appart’ intégralement, et même de remplir le frigo, comble de la bonne volonté. J’avais même préparé le repas, car il est évident qu’une butch en bonne et du forme sait parfaitement faire à manger. En effet, la cuisson des pâtes n’a absolument plus de secrets pour moi, de pas cuites, à vraiment fermes, jusqu’à ramollies comme des gommes, voir encore collantes à en entrer en compétition avec le riz chinois. Bref ! C’est donc une nouvelle fois pleine de bonne volonté que j’avais préparé le repas, mis la table, et même mis un peu de musique histoire de donner un ton joyeux à cette journée de début septembre où le soleil nous faisait encore la joie d’être présent. Elle fut aussi timide que la première fois, je mis ça sur le compte du stress et de la joie d’avoir trouver un appart’, en tout cas je l’espère. Car si son silence est quotidien je pense que cela sera loin d’être joyeux. De toute façon, comme je suis encore en vacances, l’extérieur sera mon refuge pour sortir du silence. Vaut mieux prévenir que guérir comme dirait l’autre. Après un repas… calme, je débarrasse et lui propose mon aide pour installer ses affaires, car en étant venue qu’avec 3 sacs, je doute que les meubles soient en kit bien rangés dans un d’eux. Et comme ma cave fait office de dépôt pour meubles récupérés à droite à gauche, c’est avec plaisir que je lui fais cette proposition. À mon grand étonnement elle répondu par la négative. Je ravala ma fierté et lui dis tout simplement qu’elle pouvait s’en servir si jamais elle changeait d’avis. Elle s’excusa et partie dans sa chambre. La collocation commence bien. Depuis, les conversations sont… Hum comment dire… Inexistantes ? Non tout de même. Peu développés plutôt. « Bonjour », « bonjour ! », ou encore « Tu veux manger quoi ce soir ? » « Je sais pas », et systématiquement « Ça te dit de sortir ce soir ? » « Non je préfère aller dormir, désolée… ». Bref. C’est donc toute seule que je sors, même si je rentre assez peu souvent avec ce même statut. J’essaye de me montrer discrète pour le moment étant donné que je n’ai toujours pas mis Juliette au courant, les occasions ne se présentent pas énormément. Au moins si elle acceptait de sortir, je pense qu’elle comprendrait directement étant donné les bars et les boîtes où je vais. Cela me faciliterait la tâche, je ne supporte pas devoir caché cette partie de moi-même. Pourtant, avec toutes mes précautions, tout à l’heure, alors que je rentrais en compagnie d’une charmante demoiselle, Juliette n’était toujours pas couchée, et il fut difficile de lui expliquer la tenue déshabillée de la dite demoiselle en question, qui s’était amusé soi dit au passage à me chercher tout au long du chemin, j’eu donc du mal à me retenir à partir du moment où nous avions franchi le hall d’entrée. Cependant je ne m’attendais pas à voir Juliette levée au milieu du salon. Je m’embourba donc dans des explications vaseuses selon lesquelles ma cousine était de visite sur Paris, se sentait mal et avait de la fièvre, c’est pourquoi elle avait jeté ses habits dans le couloir, était donc dans un état de déshabillement second, car elle voulait aller prendre une douche pour calmer cette fièvre, et comme je ne voulais pas qu’elle fasse un malaise, je me proposa en bonne cousine qu’il soit pour aller l’aider afin qu’il ne lui arrive rien. Comment peut-on croire en des inepties pareilles ? C’est pourtant ce que Juliette fit, à mon plus grand étonnement. Elle ne fut pas plus étonnée quand je dis que ma cousine dormait avec moi afin que je veille sur sa santé pour la nuit. Elle dit même que j’étais une cousine tout ce qu’il y a de plus attentionnée, et le fait qu’elle parle me stupéfia davantage. Je décida donc d’aller me coucher sans plus réfléchir. Enfin me coucher…
©Kanabutch
La réalité m’est revenue ce matin en pleine face, tel un boomerang mal contrôlé. Je m’en suis rendue compte alors que Christelle (la caissière) m’annonçait qu’elle ne savait plus où elle en était, que c’était compliqué, que son exe était revenue et que bref c’était fini entre nous et qu’elle en était désolée : je ne pouvais pas me permettre de garder l’appart’ toute seule, c’était beaucoup plus cher et difficile que je ne le pensais… Je ne sais pas laquelle de ces nouvelles me fit le plus de mal. J’avais compris la première fois qu’elle m’avait parlé de son exe, à la lueur dans ses yeux, que notre histoire se terminerait bien vite dès que la dite exe en question déciderait de revenir pointer le bout de son nez parti voir du paysage à Los Angeles. Quoique j’émette de légers doutes sur la diversité des paysages et pencherais davantage pour la diversité des chambres d’hôtels… Bref. Toujours est-il que je me retrouve donc à nouveau seule, et qui plus est avec l’obligation de trouver une colocataire rapidement. Après une courte douche pour me remettre les idées un peu moins dans le désordre, je me colle derrière mon PC et décide de mettre des annonces sur deux ou trois sites, en espérant obtenir des réponses rapidement. Et faire une prière pour que la colocataire accepte la présence dans l’appart’ de mes 11 petits ratounets. Eh oui, j’ai un léger petit faible pour ces petites bébêtes, ce qui fait que depuis quelques années ma chambre ressemble plus à une animalerie qu’à autre chose. À la grande joie de ma mère lorsque j’habitais encore avec elle, et je l’imagine de la personne qui devra partager désormais l’appartement avec moi.
Et là, je n’sais pas si c’est un coup de chance ou une simple coïncidence, mais j’ai une réponse alors que mon annonce est mise en ligne depuis à peine 2heures. Une fille nommée Juliette, qui compte déménager sur Paris très rapidement, et qui est très intéressée par la colocation. Nous avons fixé une entrevue au 27 août, ce qui me laisse tout juste 2 semaines pour me préparer psychologiquement à très probablement ne plus vivre seule et à devoir supporter une autre personne très prochainement. À moins que cela ne soit l’inverse. Il faut avouer que cette perspective ne m’enchante guère, ce n’est pas vraiment ainsi que j’imaginais cette nouvelle vie. Oui j’ai sur certains points une tendance associable… Mais c’est avec philosophie que j’envisage cette alternative. Peut-être qu’avec de la chance ce sera la femme de ma vie, ou alors la meilleure amie que je n’ai jamais eu, ou alors une hétéro bornée, conne et lipstick. Non. Ne pas penser à cela. Ne pas envisager cette idée cauchemardesque.
Bref, tout ceci me pousse à aller reprendre une autre douche histoire de me remonter le moral – oui oui les douches ont une vertu remontatrice de moral chez moi –, à aller faire un tour dans les rues, et à terminer cette mauvaise journée dans un bar, voir même en boîte, et l’idée de me consoler dans les bras d’une jolie fille m’apparaît comme une merveilleuse finalité.
[Plus tard dans la soirée… ou plutôt nuit.]
Impossible de trouver le sommeil. Alors pour ne pas réveiller la demoiselle qui elle dort profondément, je me suis rabattue sur mon PC, et je tente de m’occuper tant bien que mal à cette heure tardive, et alors que le sommeil ne vient pas, la fatigue s’empare petit à petit de mon corps. Il faut dire aussi que les jeunes demoiselles ont tendance à avoir une énergie plus que débordante… Bref malgré tout cela, le sommeil ne veut toujours pas venir. Pourtant les programmes télés de la nuit seraient capables d’assommer un troupeau d’éléphants étant donné leur niveau de nullité extrême… Mais rien n’y veut, je tourne et retourne en rond. L’idée me vient alors d’aller me chercher de quoi me nourrir car mon ventre crie famine après ces activités agitées. Malheureusement la logistique du frigo est une activité que je maîtrise beaucoup moins que la précédente, et c’est donc devant un frigo vide que je me retrouve pour mon plus grand malheur. Quelle idée de ne pas laisser les magasins ouverts même la nuit ! Je suis sûre que tous les insomniaques de la planète seraient d’accord avec moi, il faudrait lancer une pétition afin de laisser quelques magasins ouverts pour les faims de pleine nuit. C’est donc la faim au ventre et désespérée de ne toujours pas être fatiguée que je décide tout de même de retourner me glisser dans les doux bras de la magnifique personne qui dort déjà depuis plusieurs heures, en espérant que cette fois ci le sommeil ou tout du moins la lassitude d’être éveillée voudront bien me laisser rejoindre les bras de Morphée par la même occasion que les bras dans lesquels je serais blottie confortablement.
©Kanabutch
Une fois rentrée chez moi, ultime épreuve, ranger les courses dans le frigo, dans un semblant d’ordre afin qu’il ne ressemble pas à Hiroshima. Puis dans un élan de courage, je décide de faire un vague rangement de l’appart’, il faut dire que depuis quelques temps, mes vêtements s’entassent un peu partout, et il est difficile de poser un pied devant l’autre… C’est donc au son de la musique que je me motive et retrouve peu à peu un semblant d’ordre. Soudain, mon portable sonne. Je tiens d’ailleurs à préciser qu’il faut avoir une ouïe développée pour entendre le son de sa sonnerie avec la musique toujours aussi forte. Donc je décroche, c’est la caissière de tout à l’heure qui me propose d’aller boire un verre ce soir, ce que j’accepte avec joie.
©Kanabutch
Mais pour changer, cette après-midi, j’ai décidé d’écrire. Exercice bien difficile pour moi car tu sais à quel point cela m’est difficile puisque dès que je commence quelque chose, je n’arrive pas soit à le finir, soit à le conserver. Si tu lis ces mots c’est alors que pour une fois je n’aurais pas supprimé tous mes écrits. Quel exploit !
J’ai quasiment fini d’installer mon chez moi, il manque un tableau noir que je voudrais fixer au mur du couloir, mais pour ça il va falloir attendre que je me trouve un petit travail, c’est vraiment pas donné ces conneries… L’appart’ est plutôt bien disposé, à gauche de l’entrée il y a la cuisine, le couloir qui mène au salon avec un petit balcon, puis un autre couloir, avec ma chambre sur la gauche, une autre petite pièce, et plus au fond la salle de bain. Les voisins doivent déjà m’aimer quand je mets la musique disons… un peu fort. Surtout qu’en plus, j’ai réussi à récupérer des vieilles baffles, je les ai branchés en supplément avec les deux autres que j’avais déjà, et comme ça le son tourne et retourne dans le salon. Ils doivent avoir du mal à comprendre cet aspect conceptuel je pense. J’ai dû faire quelques travaux en arrivant, ouioui je te vois déjà venir avec ton « espèce de butch ! », mais je ne pouvais pas laisser les murs sans peinture avec des trous, j’ai donc fais opération peinture le week-end dernier, et puis il n’y avait que très peu de meubles, donc l’opération peinture s’est suivie d’une opération ikéa, le fournisseur officiel des butchs, c’est bien connu. Tout cela pour dire que maintenant, j’ai un meuble fourre-tout à l’entrée, ma cuisine est aménagée, de même pour toutes les autres pièces, j’ai même enfin réussi à avoir un hamac dans le salon, ce qui est il faut le dire le comble de mon plaisir. Surtout si tu imagines une larve affalée dans son hamac, avec les fenêtres ouvertes car le beau temps nous fait la joie d’être présent en ce début d’été, et la musique qui tourne sans cesse. Mais je crois qu’encore une fois les voisins ne doivent pas avoir la même vision du bonheur à en juger les quelques coups de balais lorsque le son dépassait 20… Mis à part cela j’ai d’ailleurs la chance d’avoir des voisins sympathiques, nous sommes 4 dans l’immeuble, et la proprio a tenu à organiser un repas avec tous les locataires pour mon arrivée, car « c’est la coutume ! » a-t-elle dit. Cela ne me déplaît pas car vu mon haut niveau de sociabilité comme tu le sais, cela me permettra de les connaître sans avoir à devoir aller vers eux de mon propre gré. Avec de la chance un des voisins a une fille super jolie et intelligente et euh… lesbienne. Mais j’ai quand même de légers doutes, même si on peut toujours rêver. Eh oui, depuis maintenant 7 mois qu’Audrey m’a tej comme une chaussette, le quotidien commence à devenir vraiment monotone… Et ce n’est pas avec les filles que je rencontre dans les bars du Marais que je vais pouvoir envisager quelque chose de sérieux et posé, quoique… À en attendre certaines, après un verre je suis déjà leur femme d’amour, à combien de verres le mariage et les enfants ? En parlant du Marais, cela me donne envie d’aller faire un petit tour, je ne suis pas sortie de la journée, et l’ambiance commence à être oppressante dans l’appart’. C’est aussi un désavantage à noter de la vie toute seule… Mais qui sait, peut-être tout à l’heure la femme de ma vie présentera le bout de son nez. Eh oui, les utopies n’ont toujours pas quitté mon crâne, pourtant j’ai essayé de les chasser, mais rien n’y veux…
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