Premier jour de « cours » , je me sens perdue,alors j’ai décidé de t’écrire, je sais que tu ne me jugeras pas, et que tu n’iras pas raconter mes secrets à n’importe qui, tu m’écouteras sans te plaindre, tu me feras réfléchir sur ce que je pense et ressens, et peut-être que tu m’aideras à voir plus clair dans ma vie puisque je te confierai mes pensées les plus profondes pour me décharger d’un poids que je n’ai pas toujours la force de supporter sans broncher. Tu partageras ma vie, tu seras mon double, tu connaitras tout de mes joies, mais aussi de mes peines, de mes fous rires, tu me verras évoluer dans ma nouvelle vie, même si :
Je ne sais pas ce que je fais ici, tu sais pas toi pourquoi j’ai décidé de fuir à 200km de chez moi en abandonnant tout et tout le monde? Bon d’accord moi aussi je le sais, mais je n’avais pas le choix, je ne pouvais plus vivre dans cette atmosphère étouffante, j’y arrivais plus, je voulais vivre au grand jour et dans mon village ce n’était pas possible. J’ai du partir, pour ne plus revenir… et maintenant je me retrouve seule dans cette appartement vide, appartement trouvé en quelques jours, j’ai pas vraiment eu le choix, en plus, je dois le partager avec une folle, elle rentre à 4H du mat, claque les portes, prends une douche alors que ma chambre est collée à la salle de bain donc ça me réveille et bien sur quand moi je me lève et vis une vie normale, à des horaires normaux, je me fais engueuler parce que mademoiselle veut dormir !!! Grrrr , j’étais presque mieux chez mes parents , euh non, en fait, c’est pas possible, ma vie à la maison était vraiment devenue infernale, j’avais plus le droit de sortir ni d’inviter des personnes, mon téléphone et mon ordinateur étaient confisqués afin que je revienne dans le droit chemin et que personne puisse m’influencer vers le coté obscur de moi-même, c’est-à-dire, le fait que je sois homo.
Eh oui, j’ai eu la naïveté de croire que mes parents m’aimaient assez pour comprendre et accepter que je ne sois pas la gentille petite fille modèle dont-ils ont rêvé, je ne me marierai pas en blanc dans une église avec toute la famille et les amis réunis autour de moi et mon bien aimé pour célébrer le plus beau jour de notre vie, je ne verserai pas de larmes de joie lorsque le curé dira « je vous déclare mari et femme » , je préfèrerai qu’il dise « je vous déclare « femme et femme » ou encore « butch et femme » selon le style de la future femme de ma vie. Bref pour en revenir à mon coming-out, je leur ai dis gentiment « papa, maman, j’ai une grande nouvelle à vous annoncer, j’ai eu mon bac… euh en fait, j’ai plutôt deux nouvelles à vous annoncer, la deuxième est que je suis lesbienne » , la fierté que j’ai vu dans leurs yeux pour la première annonce a rapidement fait place à de la colère, mon père s’est levé et avec toute sa gentillesse naturelle m’a mis deux claques et m’a envoyé dans ma chambre, comme une gamine de cinq ans qui a fait une bêtise… j’ai moyennement apprécié comme tu peux l’imaginer , à ce moment là j’ai décidé que je devais couper les ponts avec mes géniteurs, deux mois après c’est chose faite, mais on ne peut pas dire que ça me rende heureuse, je ne me suis jamais sentie aussi seule qu’en ce moment, je ne connais encore personne dans cette ville, la fac est gigantesque, tout le monde passe à coté sans me voir, c’est déstabilisant. J’ai toujours été habituée à vivre dans mon cocon, dans mon village j’étais connue de tous, ça avait des avantages mais aussi des inconvénients … ce soir je peux dire que je regrette d’avoir annoncer à mes parents que je suis lesbienne, parfois vivre cacher, c’est mieux que se sentir nulle, inutile et transparente.
Alors que la vie avance, moi je stagne.
©Caly





